Le massage thérapeutique somato-émotionnel


« Notre structure corporelle est notre grille de lecture du monde, l’assouplir donne de nouvelles perspectives. »

Les émotions n’occupent pas que notre mental.

Elles vivent dans le corps, s’y propagent comme des ondes à la surface de l’eau, et parfois s’y inscrivent durablement. A force d’emprunter telle ou telle voie dans nos tissus, elles dessinent des chemins, tracent des autoroutes que peu à peu on privilégie, au détriment de sentiers à l’abandon. En circulant dans notre corps, les émotions nous structurent. Et leurs empreintes vont finalement nous conditionner dans notre façon de ressentir le monde et de vivre la relation.

Comme une corde de violon, qui vibre différemment selon sa tension, nos tissus, qu’ils soient peau, muscle, fascia ou os, laissent courir les émotions ou au contraire les bloquent. Un traumatisme, une frustration, une incompréhension ?… et voilà qu’apparaît une retenue dans le corps, un obstacle que la vibration émotionnelle ne pourra plus franchir naturellement. Un moment de bonheur, une vague émotionnelle plus douce, un sens donné à une souffrance d’autrefois ?… et c’est tout un champ oublié de soi-même qui est réinvesti et qui s’ouvre à la vibration, à la sensation.

Dans le cadre d’un travail sur Soi, il est intéressant d’engager son corps dans la compréhension de nos peurs, de nos colères, de nos joies ou nos tristesses. Le corps ment rarement ; il nous parle de notre histoire physique et psycho-émotionnelle. L’écouter est déjà une façon d’avancer ; l’accepter dans son intégralité, avec ses forces et ses faiblesses, c’est s’offrir une forme d’amitié intime qui peut nous soutenir dans bien des épreuves. Travailler sur Soi est une démarche honnête et enrichissante. Impliquer son corps dans ce travail est peut-être encore plus courageux, comme si l’on abordait autrement sa propre réalité, avec moins de détours, moins d’abstraction. Car le corps est là, palpable. Comme un grand livre qui consigne notre naissance, notre enfance, notre adolescence et les grands moments de la vie. La relaxation, le travail de l’expression corporelle à travers le yoga , tai chi, qi gong …, le chant, ont tous en commun de libérer les tensions et les restrictions du mouvement.

Le massage bien-être, lui aussi, prétend  » fluidifier  » la vie. Quand en plus il prend une dimension somatothérapeutique – qu’il invite à faire le lien entre les tensions physiques et les causes émotionnelles de ces blocages – il devient un levier puissant de compréhension de Soi et de changement.

« Chaque tension musculaire contient l’histoire et la signification de son origine »

Le massage, par son aspect découvrant, permet d’interroger sans mots les origines émotionnelles de chaque blocage énergétique, d’amener la personne à prendre conscience de ses déséquilibres, de ses raideurs, de ses trous dans le corps, de ses ruptures, pour en comprendre le sens. Il peut aussi, par son côté recouvrant, refermer les blessures symboliques, relier les parties d’un corps éclaté, reconstruire, unifier, harmoniser. La relation silencieuse qui s’instaure à travers le toucher n’est pas neutre. Elle est intime et réciproque : lorsqu’on est touché, on touche en même temps. La qualité de toucher s’inscrit dans l’histoire de chacun.

· Comment a-t-on été touché et embrassé ?

· Avec qu’elle sérénité ou au contraire quelle appréhension, ressentie inconsciemment, a-t-on été caressé, soigné, coiffé, nettoyé et porté dans notre enfance ?

De cette histoire tactile, il reste une façon bien à soi de toucher et de se laisser toucher, de s’ouvrir ou de se fermer au contact de l’autre. Ces ouvertures, ces fermetures, comme les émotions non résolues du passé, sont inscrites dans la structure du corps.

Le massage va les mettre en évidence en révélant aux doigts du thérapeute les blocages et les fuites d’énergie, mais aussi les parties déjà fluides sur lesquelles il va pouvoir s’appuyer. Pour la personne qui reçoit le massage, les blocages seront ressentis comme des douleurs, des tensions, des zones sans vie. En laissant un espace d’écoute aux perturbations – et pour autant que la relation de confiance se soit instaurée entre le masseur et le receveur – elles vont se mettre à « parler ».

Elles vont raconter le pourquoi de leur origine, les souffrances qu’elles renferment et les raisons pour lesquelles elles n’ont pu s’en défaire. Après l’expression de ce trop plein de souffrance, qui peut se faire par la parole mais aussi par des mouvements spontanés de libération ou par des larmes, des cris, des rires, vient le moment de l’apaisement : la perturbation se transforme en courant régulier, simplement parce qu’elle a pu dire son existence.

L’émotion peut de nouveau circuler. La structure s’est modifiée. De cette transformation naît une façon différente d’aborder le monde et la relation. Même le passé, qui semblait si douloureux, si limitant, est réinterprété par une pensée plus compréhensive. Le corps, support du Soi, a lâché un poids qu’il n’a plus à porter. Il est plus mobile, plus souple, plus conscient de son axe et de son enveloppe, plus inscrit dans le présent, potentiellement plus disponible pour s’engager dans la relation ou dans l’action.

En expérimentant sa nouvelle structure, la personne intègre un autre espace, dans lequel la vie est plus  » fluide « . Les émotions ne résonnent plus de la même manière en elle. Au lieu de bloquer contre les failles du passé, elles redeviennent ce qu’elles sont :

une énergie motrice, créatrice, libre de circuler.